Je me souviens du G8 à Évian en 2003 (en ce temps là Vladimir était encore en odeur de sainteté).
Le no man's land et la souricière n'étaient pas circonscrits aux simples abords du Léman mais bien en amont.
Les gares de Bourg en Bresse et Bellegarde ont été transformées en Fort Chabrol.
la rareté des voyageurs dissuadés de se déplacer faisait écho au surnombre de forces de l'ordre:
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Les bien visibles: policiers et sûreté ferroviaire en tenue, chiens loups arborant par mimétisme le même faciès soupçonneux que leur maitre.
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Les peu discrets: en imper mastic et lunettes fumées, adoptant une démarche louvoyante et un regard en biais.
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Les barbouzes: bien plus invisibles cachées derrières des "exécutive women" en tailleur, des commerciaux bedonnants flanqués d'une sacoche défoncée et désuète en bandoulière.
Soudain, un jeune homme en sarouel et catogan s'est présenté dans la salle des pas perdus de Bourg en consultant benoîtement le tableau des départs.
Le malheureux avait un drapeau replié qui émergeait de son sac à dos.
Même sans ce dernier détail, nul doute qu'il aurait tout de même suscité de l'intérêt.
Toujours est-il qu'une horde d'un échantillon représentatif de la population décrite plus haut a convergé vers lui, tel le regroupement spontané d'un pack de rugby.
Je n'ai pas été témoin de gestes ou de paroles excessifs, et la dignité du personnage a été préservée.
En tout cas sa confiance en lui a dû être renforcée par le fait que tant d'inconnus ressentent autant d'empathie envers sa personne pour s'intéresser ainsi à son identité, sa vie privée et ses motivations de voyage.
